• Palluau au moyen-age
  • La renaissance
  • Du XVIIIème siècle à nos jours

PALLUAU AU MOYEN-AGE

Nous savons fort peu de choses de l'histoire de la région avant l'an Mille. La légende rapporte que les romains auraient construit au début du premier siècle un castrum qu'ils appellèrent "Palludellum", qui devint Palludello (le pays des marais), nom de Palluau jusqu'au moyen-âge.

Un épisode a cependant laissé un souvenir dans les vieilles chroniques: l'arrivée des Normands en 902. La réputation terrifiante que traînaient ces bandes redoutables n'était pas usurpée: à peine arrivés, ils pillèrent et ruinèrent l'abbaye de Saint-Genou (fondée en 828), occupèrent la contrée qu'ils mirent en coupe réglée durant trente-cinq ans, le temps d'une vie d'homme à cette époque! Ce n'est qu'en 937 qu'ils furent définitivement vaincus et refoulés au-delà de la Loire.

Dès lors, la région va entreprendre sa réorganisation. Les seigneurs locaux s'établissent très vite sur le plateau qui est un véritable verrou; en effet, une route très importante, sur un axe nord-sud, passait au pied de la colline en suivant la vallée; c'était une ancienne voie romaine, la "via strata" d'Orléans à Poitiers dont le nom subsiste dans le faubourg de Palluau appelé Estrées. En outre, la hauteur de Palluau marquait la limite au sud du vaste comté d'Anjou. Rien d'étonnant, donc, à ce que le site ait été très vite puissamment fortifié.

C'est en 1073 qu'apparaît la première mention écrite du château. Une charte mentionne en effet une transaction entre Foulques le Rechin (le querelleur), comte d'Anjou, et Barthélémy, abbé de Marmoutier, en présence de Jean de Palluau. Ce texte d'archives nous montre que la construction de la forteresse fut ordonnée par Foulques lui-même, qui concéda le fief à son vassal Jean, baron de sa cour. A partir de cette date, la seigneurie de Palluau se transmet dans la famille du même nom; les actes de l'époque nous livrent les noms des seigneurs successifs : Jean Archimbaud, Ganelon, Geoffroy, Giraud, sénéchal de Chateauroux, Ganelon II et enfin Agathe, dernière héritière de la lignée.

Celle-ci épouse en 1160 Archambaud III, seigneur d'Argy, et le fief passe dans les mains de cette famille: Raoul, fils d'Archambaud III est suivi de ses deux fils, Archambaud IV, mort sans postérité, et Guillaume V. Le fils de ce dernier, Archambaud V, transmet le domaine à sa fille Philippe, épouse de Raoul de Prunget; un acte de 1276 porte la mention de leurs deux noms et les cite comme seigneurs de Palluau.

A la fin du XIIe siècle, le royaume de France vit des heures dramatiques. Philippe Auguste, roi de France et Richard Cœur de Lion, roi d'Angleterre et petit-fils de Geoffroy V Plantagenet, comte d'Anjou, se livrent une guerre sans merci dont l'enjeu est la possession des fiefs traditionnels des Plantagenet en France. Le nom de Palluau va maintenant s'inscrire dans l'histoire de France. L'année 1188 voit les armées de Philippe Auguste occuper la Touraine et le Berry, non sans combats et sans sièges. Toutes les places fortes de la région sont ainsi investies ; le château de Palluau n'échappe pas à la règle. Richard Cœur de Lion, remontant d'Aquitaine, reprend alors la basse vallée de l'Indre et, après quelques escarmouches, la forteresse de Palluau qui n'était gardée que par une faible garnison.

Au mois d'octobre de la même année, Philippe Auguste revient à la tête de ses troupes et met le siège devant Palluau. La tradition a gardé le souvenir de la ruse qui aurait permis la chute de la forteresse : les assaillants, pénétrant dans les anciennes carrières de tuffeau qui s'étendent sous le plateau, auraient ménagé une ouverture dans le conduit du puits intérieur du château, condamnant ainsi les défenseurs à capituler ou à mourir de soif. La place est donc livrée aux troupes royales et Philippe Auguste, d'après les vieilles chroniques, fait flotter sa bannière au sommet de la plus haute tour du château.

Deux siècles plus tard, Palluau revit une période troublée, celle de la Guerre de Cent Ans. A cette époque, la seigneurie appartient à la famille Tranchelion depuis le mariage, en 1365, de Jeanne Pean (ou Payen), dernière héritière du fief, avec Hugues de Tranchelion. En 1356, le roi Jean le Bon étant prisonnier, les anglais s'emparent de plusieurs places fortes, dont celle de Palluau, qu'ils garderont jusqu'en 1360 ; mais ils ne quitteront pas les lieux sans avoir démantelé le château. C'est donc à Hugues de Tranchelion ou à son successeur Guillaume qu'il incombe de restaurer la vieille demeure. On pose alors les bases de la forteresse actuelle dont la silhouette vue de la ville ne changera dès lors plus guère, en s'inspirant des meilleures réalisations militaires françaises de l'époque : un des principaux modèles en est le château de Saumur, bâti en 1367 par Louis 1er d'Anjou, puis passé en apanage à Jean de Berry, le fastueux mécène des « Très Riches Heures ». Les Tranchelion vivront ainsi la fin du Moyen-Age dans une forteresse fraîchement rebâtie.

LA RENAISSANCE

Vers 1500, Louis XII est roi de France et sa femme, la duchesse Anne de Bretagne, fait volontiers de longs séjours au château de Loches où elle se plait particulièrement. Le seigneur de Palluau, Charles de Tranchelion, est un homme plus soucieux de confort et de beauté que de défense. On lui doit la très élégante chapelle seigneuriale de l'église Sainte-Menehould, dont le riche carrelage porte son nom, en lettres gothiques, et la date : 1503. Dans le même temps, Charles de Tranchelion entreprend de moderniser sa demeure. Anne de Bretagne a su imposer, pour les chantiers de constructions de la cour royale (Blois, Chaumont, etc.), les équipes de maîtres d'œuvre et d'ouvriers bretons, les plus qualifiés de l'époque. Les Tranchelion, qui fréquentent la cour de la reine lorsque celle-ci réside à Loches, vont suivre cette mode. L'essentiel des travaux porte sur les bâtiments d'habitation et deux logis neufs sont élevés. Celui de l'Est, qui fait porterie, remplace le châtelet primitif ; l'autre, au Sud, est le logis principal, distribué selon les habitudes du temps, et s'élève au-dessus du village entre le donjon et la tour Sainte-Manoulde.

Dans le premier, Charles de Tranchelion a fait établir une délicieuse petite chapelle ; c'est là qu'il va connaître une des plus grandes joies de sa vie, lorsque sa femme, à peine les travaux terminés, donnera le jour à un petit garçon. Dans sa fierté naïve, Charles grave alors dans le mur de tuffeau de l'oratoire, cette inscription qui se lit encore aujourd'hui:

LE : IOVR : DE : S : IOHAN
DE: MAY:NAQVI: LESNE
DE MOI: PALLVAV: 1511
("Le jour de Saint Jean de Mai, naquit l'aîné de moi. PALLUAU, 1511").

Hélas, ce bonheur est de courte durée car ce fils aîné ne vit pas et en 1537, la famille de Tranchelion n'est plus représentée que par une femme, Charlotte. En effet, Charles de Tranchelion avait un frère cadet, Antoine, qui était entré dans les ordres: abbé de Saint-Genou, il était le grand ami de Rabelais qui le cite comme l'un des plus fins spécialistes de l'époque dans l'art de vider les bouteilles. Sans doute avait-il médité le conseil de son illustre ami : "Beuvez toujours avant que d'avoir soif et jamais ne vous adviendra...".

Avec Charles et Antoine, le nom des Tranchelion s'éteint et Charlotte lègue la seigneurie de Palluau à Claude BRACHET, qui la transmettra à son fils, également prénommé Claude. C'est l'époque des guerres de religion et la région de Palluau en connaît les ravages, particulièrement lors des années difficiles de 1560, 1574 et 1582 ; le château, dit-on, doit affronter de sérieuses escarmouches et subir d'importants dégats. A celà s'ajoute le caractère particulier de Claude II Brachet : cet homme, qui a laissé le souvenir d'un hobereau sans trop de scrupules, se trouve rapidement criblé de dettes. Aussi ne peut-il laisser le domaine à son fils Gilles et, le 25 février 1606, le château et la seigneurie de Palluau sont vendus quatre-vingt-quatre mille livres à Antoine de Buade de Frontenac.

Ceux-ci vont marquer de leur emprunte la vie du village pendant tout le XVIIème siècle. En particulier Louis de Buade de Frontenac sera nommé Gouverneur et Lieutenant Général de la Nouvelle France (Canada). C'est à ce titre que la postérité a retenu son nom car il fut un excellent gouverneur qui sut organiser la pacification des Iroquois, développer de prospères réseaux commerciaux, contenir l'influence au Canada des Jésuites, et surtout empêcher les Canadiens de basculer dans les sympathies anglaises. Grâce à lui et aussi à ses compagnons comme Jean-Baptiste Louis Franquelin, originaire de Villebernin et cartographe de la Nouvelle France, des liens se sont créés et maintenus entre la vallée de l'Indre et le Canada Francophone.

DU XVIIIe SIECLE A NOS JOURS

Le nouveau propriétaire de Palluau est un personnage considérable : Paul de Beauvilliers est pair de France, Grand d'Espagne, duc de Saint-Aignan et comte de Buzancais. Protégé de Mme de Maintenon, il a fait partie du conseil des Finances, puis du Conseil d'En-Haut avec rang de Ministre d'Etat. Ses fonctions le retenant à Paris, il ne réside pas à Palluau et les seuls souvenirs qu'il y ait laissés sont ses armoiries peintes à fresque dans la chapelle seigneuriale de l'église Sainte-Menehould. Lorsqu'il meurt en 1714, la seigneurie passe à son fils Hippolyte (1684-1776), qui cède le domaine à René François de Montbel en 1770.

Lorsque la révolution éclate, Montbel prend le chemin de l'émigration et le château, réquisitionné, sert de prison. Des suspects sont enfermés, notamment dans la petite chambre du donjon : des graffitis, datés de 1794, marquent aujourd'hui leur passage ; on peut y lire des initiales, jointes à des croix sur socles gravées dans le tuffeau.

En 1796, un soulèvement royaliste agite la contrée, mené par un gentilhomme nommé Duprat que l'on appelle le général Fauconnet. Ce mouvement, connu sous le nom de « Vendée de Palluau », commence par des messes et des réunions clandestines où s'exerce une propagande intense. Trois mois suffisent pour constituer une bande armée de deux cents hommes qui grossira jusqu'à comprendre rapidement six cents insurgés. Les opérations commencent : on prend Clion, Pellevoisin, Saint-Medard. Les royalistes proclament alors à Palluau l'abolition de la république et l'avènement de Louis XVIII, et les coups de force continuent : Ecueillé et Preaux tombent aux mains des « blançs ». Enfin, l'on décide une grande opération : la prise de Buzancais. Mais sur la route, au lieu-dit la « Montée Rouge », une troupe républicaine est embusquée, formée d'un peloton de cavalerie appuyé par des fantassins. L'affrontement est sévère : les insurgés, taillés en pièces, laissent soixante morts et quarante prisonniers. Cet épisode porte aujourd'hui le nom de « Journée des Sabots », rappel des souliers abandonnés par les fuyards sur le champ de bataille.

A la Restauration, Louis Joseph de Montbel, comte de Palluau, devient premier gentilhomme ordinaire de Charles X et député de l'Indre. Le domaine revient ensuite à sa fille Aline, mariée à Georges Camille de Velard. Leur fils Bruno Marie de Velard reprend à son tour le château, en fort mauvais état. Il entreprend alors la restauration des logis, agrandissant les fenêtres, réparant les cheminées intérieures, aménageant les combles à partir des lucarnes gothiques et créant une entrée du côté du parc, redessiné à l'anglaise. Ses héritiers successifs poursuivent son œuvre et une dernière tranche de restauration est entreprise en 1910 ; interrompus par la guerre, les travaux ne se terminent qu'en 1920.

Après la guerre de 1939-1945, le château est mis en vente et connaît plusieurs maîtres : Pierre d'Alençon, puis le célèbre couturier et parfumeur Paco Rabanne, puis M. Jean Capy, issu d'une vieille famille du Nord.

En 1987, le Conseil municipal vote à l'unanimité l'acquisition du château mais le conseil n'est pas suivi par le maire de la commune.

De 1990 à 2009, le château a été la propriété d'une S.C.I., avec pour gérant un citoyen britannique, qui a mené des travaux indispensables sur les dépendances et les toitures.

Le Chateau est actuellement la propriété de Monsieur Jean-Roger MORVAN, qui l'a réouvert au public.

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